Biographie

Joan Garriga (La Garriga, Vallès Oriental, Catalogne) a grandi pendant une période où, en Catalogne, les orchestres de variétés aidaient les gens à récupérer les rues et les places de villages et des villes; elles élevaient la dignité de la Fête et libéraient la joie, emprisonnée pendant de longues et sombres années de silence. Comme Joan lui-même raconte dans beaucoup d’interviews, sa vie et sa musique ont été marquées par l’ambiance des bals populaires de cette époque là, où les générations et les musiques se mélangeaient.

En 1995, Joan, qui à l’époque avait déjà commencé à jouer de l’accordéon, fonda Dusminguet avec deux autres musiciens. Dès le début, Dusminguet fut un groupe qui se montra différent dans le panorama musical catalan. C’étaient les années où Barcelona était considérée la capitale du Sud et dans ses rues y jouaient beaucoup de musiciens venus de partout. La bande était donc influencée par l’empreinte de cette globalisation et, dans son répertoire, les rythmes des Balcans côtoyaient le Tex-Mex, le Vallenato, la Cumbia, le Cajun, le Reggae, le Hip Hop ou les Havaneres (chanson populaires des marins catalans venant d’outre-mer). Dusminguet fut un des groupes pionniers du mélange des rythmes et de genres. Un groupe innovateur et indéfinissable, bien que plus tard il fût classé sous l’étiquette de musique métisse. Les Dusminguet ont joué dans beaucoup de pays. En 2004 ils ont accordé leur dissolution, en plein succès mais avec le sentiment d’être arrivés à la fin de leur trajet.

Dans cette fin d’étape Joan, qui avait déjà gagné une grande réputation comme accordéoniste diatonique, a joué avec Amparo Sánchez (Amparanoia) et avec d’autres bandes qui réclamaient sa participation. C’est alors qu’il a commencé à collaborer avec Marià Roc (ex-Sencillos, ex-Jarabe de Palo), un copain de territoire et d´énergies musicales. Comme fruit de cette rencontre, le projet La Troba Kung Fu s’est mis en route.
La Troba Kung Fú est axée sur trois revendications essentielles: la « troba » comme attitude pour faire des chansons et composer des musiques, à la manière des anciens troubadours, en trouvant l’inspiration dans la vie qui entoure l’artiste (il faut préciser que le mot « troba » est de la même racine que le verbe occitain « trobar », qui veut dire composer, inventer et trouver); le Kung Fú, c’est à dire, l’art de la discipline pour arriver à la perfection et la Rumba catalana, un genre crée par les gitans catalans dans la décade du rock&roll, en écoutant des mambos et des sones cubains et en dansant dans les mariages; un genre que quelques « paios » (c’est à dire, non-gitans) intellectuels ont conceptualisé comme la musique urbaine et populaire, authentique de Barcelona. La Troba a choisi et revendiqué la Rumba catalana comme langage musical qui atteste ses racines. Et c’est ainsi que la nouvelle bande a commencé son chemin, avec des musiciens gitans et non gitans, et dirigée par Joan qui en est le chanteur et l’accordéoniste et, en plus, le créateur des chansons.

Le premier CD fut Clavell Morenet (2006). Il ensorcela le public par, entre d’autres bijoux, la Cançó del Lladre, une version fraîche et pleine de « Rumba » d’une ancienne chanson traditionnelle catalane. L’album marqua un jalon dans l’histoire de la Rumba catalana parce qu’il montra la perméabilité d’un genre très local, joué avec une vision globale, et aussi les complicités qu’il y a entre la Rumba et les rythmes de l’Amérique Latine et l’Afrique. Ce travail était un point de départ pour le futur que nous vivons déjà depuis quelque temps. Il annonçait sans discussion le début de ce que la Rumba catalane allait devenir. Et, en même temps, il laissait émerger un nouveau métissage, un nouveau cocktail de haute graduation qui arriverait quelques années après: La Rumbia.

Le deuxième CD, A la panxa del bou (2010), c’est un album plus rockeur, plus urbain, et il est un pas en avant dans le parcours du groupe. La bande l’a conçu dans ses déplacements, à la manière d’un cahier de voyage. Il intègre des musiques, des histoires et des paysages des lieux où le groupe a joué : Bunswich, Brooklin, NY, aux États Unis; Guanajuato ou León, au Mexique; Madrid; Barcelona et même leur environnement le plus proche, La Garriga. C’est dans cet album que la Rumbia (mélange de Rumbia et de Cumbia et beaucoup plus que cela) commence à s’étayer comme proposition personnelle pour l’avenir.

En 2103 la Troba lance au marché Santalegria, son troisième et, par le moment, dernier
album. Dans ce travail, le paysage est tout à fait local: des zones industrielles, des autoroutes, des péages, des zones urbanisées à demi-construites et abandonnées. Et, aussi, c’est un paysage très universel parce qu’il montre les squelettes des bâtiments que la spéculation a dressé ici et là, partout. À Santalegria, la Rumbia y est présente comme une déclaration de principes. Rumbia transatlantique, d’allée retour, qui noue et qui serre des liens. Qui montre clairement comme le monde est plus petit de ce qu’on nous fait croire; que les gens peuvent mieux se comprendre en s’écoutant. La musique est maintenant le langage qui défini les peuples, leur façon d’être, de danser, de s’émouvoir.
Rumbia qui démolit les murs invisibles des pensées uniques qui veulent désactiver les
réponses des gens, collectivité souveraine qui décidera comment et quand danser dans le pays du demain. Le pays où habite la Troba, enraciné dans la terre qui cultive encore le rêve d’un monde meilleur et possible.

Jordi Turtós
Journaliste musical (espèce en voie de disparition)

FESTIVALS ET CONCERTS IMPORTANTS:
La Troba Kung-Fú a montré sa musique en Europe, aux États Unis, au Maghreb ou au
Mexique. Ils ont joué entre autres, sur les scènes du Global Fest et Lincoln Center (NYC);
Cervantino Festival (Mexique); MIR Sibiri Shushenskoye (Sibérie); Festival Alegria (Maroc); Popkomm Fest (Allemagne); Sziget Festival (Hongrie); La Linea Festival, London et International Arts Festival Salisbury (Angleterre); Polé Polé, Festival Afrolatino et Fiesta Mundial (Belgique); Lowlands, Zomerparkfeest et Valkhof Affaire (Hollande); Babel Med, Le bout du monde et Les Méditerranéennes (France); Ariano Folk (Italie); Festichan (Galice), Viñarock (Valencia), Womad Canarias (Illes Canaries) en Espagne. Il faut aussi nommer le tour en Angleterre (2011) avec Ojos de Brujo et en France, l’été 2012, avec Manu Chao.

PALMARÈS:
Prix Enderrock, Meilleure couverture CD(Clavell Morenet) 2006
Prix Puig Porret, Meilleur bande, 2007
Prix Ciutat de Barcelona, Prix musique et nouvelles technologies 2007
Prix Altaveu, Meilleure bande catalane 2007
ARC Meilleur groupe de World Music 2009
ARC Nommés Meilleur Tour des Salles 2013

Prix Enderrock, Mellieure album de l’année 2013

Prix Enderrock, Meilleur album de folk et de nouvelles musiques 2013